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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 07:20

Le parfum des îles Borromées, by René BOYLESVE

 

 

Présentation de l'Editeur


 


Néant

 

 

 

 

 

 

 

 

FICHE   TECHNIQUE DU LIVRE


 




Titre :   Le parfum des îles Borromées
Auteur :   René   BOYLESVE
DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
Edition :   Calmann - Lévy

BRODARD-TAUPIN
Coulommiers-France.

Imprimé en France
BRODARD & TAUPIN
Paris-Coulommiers
6557 - 9 - 1947

Tous droits de traduction, de reproduction
et d'adaptation réservés pour tous pays.

Reliure :   Reliure élégante et solide en simili-cuir pourpre avec titre doré au dos.

Nombre de pages : 183   TABLE DES MATIÈRES : NON

Poids :   210 grammes     Format :   115 x 170 x 15 mm
I.S.B.N :   NON     Code Barre = EAN :   NON

Livre épuisé chez l'Editeur
Valeur sur le Web selon état : Décembre 2015 de 02Euros50 à 03Euros20

 

 

 

 

EXTRAIT   Le parfum des îles Borromées, by René BOYLESVE   page : 3


Le parfum des îles Borromées, by René BOYLESVE -image-70-150


  A l'approche de la station de Baveno, l'odeur pesante des lauriers fut heurtée comme une nuée réelle avant que l'on ne pût apercevoir, à la lueur des feux, leurs grosses fleurs qui font pencher les branches. Le bateau stoppa. Aussitôt apparurent, derrière l'écran troué et frissonnant des feuillages, d'innombrables gens élégants, nonchalants, allongés sur des sièges de jonc, assis, prenant des rafraîchissements, ou se mêlant ici et là en des allées et venues paresseuses. La sourde rumeur de la causerie d'après-dîner était relevée de musique et de chants. Tout à coup, tranchant sur la quiétude générale, un mouvement vif : une jeune fille passe, svelte, et lance un mot anglais; un bras nu est levé; des cheveux blonds scintillent... Mais le bateau s'ébranle à grand bruit de roues; il semble que l'on quitte un lieu de féerie; les regards demeurent fixés sur l'ombre magique des arbres piqués de points lumineux que l'ont peut confondre déjà avec les étoiles naissantes.
  Les cloches du soir commençaient à tinter; d'une rive à l'autre, les campaniles échangeaient gracieusement leurs angéliques salutations. La clochette du bateau, à l'annonce des stations, couvrait le concert lointain de son battement plus viril et que renforçait la voix du matelot prêt à jeter le câble d'abordage. Rien d'émouvant, dans la nuit, comme l'éclat soudain de ces syllabes sonores évoquant des endroits renommés par leur beauté. Un Italien fin et joli, à qui souriaient toutes les filles en cheveux assises à l'avant, lança, d'un timbre admirable, le nom d'Isola Bella. Et on eût dit qu'il avait la conscience de la merveille de marbre, de fleurs, de fruits, de soleil et d'artifice dont il évoquait l'image, avec une sorte d'impudeur triomphante. "Isola Bella" répéta-til, faisant frissonner certains voyageurs en quête de volupté.
  Cependant Gabriel Dompierre demeurait attaché à la figure de la "Sirène", et semblait épier un mouvement qui lui fit distinguer plus nettement ses traits. Lorsque la cloche annonça la station de Stresa, où il descendait avec son ami, il eut la satisfaction de voir la jeune femme se lever et donner des ordres à la domestique au sujet des bagages. Stresa n'ayant qu'un grand hôtel, à moins que la "Sirène" ne fût logée dans quelque villa particulière, il avait donc de pouvoir la retrouver.
  Dans le tumulte du débarquement, il la vit un instant debout sous la lumière crue d'un bec de gaz. Il ne put maîtriser un vif mouvement, et poussa du côté de son compagnon cette exclamation naïve :
  "C'est elle!"
  L'Anglais, que les questions de personnalité ne touchaient point, ne manifesta même pas d'un signe qu'il prenait part à l'émotion subite du jeune homme. Cette femme lui avait paru belle, et il l'avait divinisée aussitôt dans son esprit : il n'eût pas fait un pas pour savoir son nom.
  Mais Gabriel, sans douter un instant que quelqu'un pût être insensible à la découverte qui le remuait si profondément, empoignait le bras de Dante-Léonard-William, et le renseignait avec une abondance superflue :
  "Vous ne le croyez pas? Je vous affirme que c'est elle. Telle que je l'ai vue tout à l'heure, elle était, il y a un an, debout contre la balustrade des jardins du Pincio, le regard suspendu au-dessus de Rome, hors du monde, comme il arrive aux femmes lorsqu'elles écoutent la musique qui leur plaît. Je l'ai vue là, trois matins. Le second, je montais au Pincio pour le plaisir de la voir; le troisième, c'était déjà pour souffrir de sa vue, car elle avait fait sur moi une impression extraordinaire, ineffaçable...
  - Je reprends moi-même la suite, - dit l'Anglais, sans perdre un pouce de sa gravité. - Cette jeune femme paraissait attendre; et vous trembliez déjà de connaître l'homme qui avait le bonheur d'être le mari ou l'amant. Mais elle quittait les jardins, au moment où sonnait midi à la villa Médicis. Le troisième jour, comme vous vous prépariez à la suivre afin de savoir au moins qui elle était, vous étiez cloué sur place par l'arrivée de l'heureux mortel attendu. Il avait une silhouette élégante...
  - Vous vous moquez de moi!
  - Non pas! Je veux vous prouver seulement que je me suis acquitté convenablement du rôle que vous étiez en droit d'exiger de moi, en qualité de compagnon de voyage : je vous ai écouté.
  Les bagages de ces messieurs étant chargés, l'omnibus s'ébranla. Gabriel Dompierre, assis vis-à-vis de Lee, revoyait, malgré toutes les préoccupations de l'arrivée, ce triste matin auquel l'Anglais faisait allusion, avec la cruauté de son orgeuilleux égoïsme : la longue et vaine attente de l'inconnue, la recherche maladroite au Corso et à la villa Borghèse, dans tous les endroits mondains de la ville, et les quinze matinées suivantes passées là-haut, sur cette même terrasse garnie de nourrices, de fillettes avec leurs gouvernantes, et de jeunes séminaristes oisifs, en costumes multicolores... Et pour le moment, il croyait encore l'avoir perdue. Elle avait disparu dans l'encombrement du quai mal éclairé, dans l'affluence des inutiles badauds, dans la mêlée bruyante des faccbini et des employés galonnés d'hôtels.
  La quantité des voyageurs dans ces splendides journées de septembre valut aux deux nouveaux arrivés d'être logés dans une dépendance de l'Hôtel des Iles-Borromées, située au fond du jardin. Là, on leur donna deux chambres petites et propres ayant chacune un balcon sur des pelouses où un jet d'eau égrenait avec monotonie son chapelet de perles dans une vasque. On leur assura que la vue était belle, quoiqu'ils n'en pussent rien distinguer actuellement si ce n'était un rideau d'arbres plus noirs que la nuit, et, entre les pointes de cyprès, une ligne horizontale, un fil d'argent tendu pour quelque acrobate nocturne : un rayon lumineux sur le lac. Des églantiers devaient ramper le long de la muraille, car un parfum de roses montait jusque dans les appartements.


Reproduction interdite

 

 

 

 

COMMENTAIRE   en ligne



Le parfum des îles Borromées, by René BOYLESVE
www.amazon.fr

 

 

 

ANNEXE



Le parfum des îles Borromées, by René BOYLESVE
Editeur :   Calmann-Lévy (1947)
A.S.I.N :   B003NER314

 

 

 

LIENS



Wikipédia
René BOYLESVE

 

 

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