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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 15:54

Le roman d'un brave homme, by Edmond ABOUT

 

 

Présentation de l'Editeur


 

 


Néant

 

 

 

 

 

 

 

A VALENTINE



  Pour ton quinzième anniversaire, qui va sonner, fille chérie, je t'offre ce roman comme un bouquet de vérités simples et de sentiments naturels. Tu peux le lire d'un bout à l'autre; j'aime à espérer que plus tard tu le liras à mes petits-fils. Ils y apprendront mainte chose que tu possèdes déjà mieux que personne : le culte de la patrie, l'amour de la famille, la passion du bien, le sentiment du droit, le respect du travail, l'esprit de solidarité qui unit les pauvres aux riches, les illettrés aux savants, ceux qui n'ont et ne sont rien encore à ceux qui ont et sont presque tout. La vie sera probablement moins difficile pour les enfants qu'elle ne l'a été pour ton père : c'est un bonheur périlleux et qui, si l'on n'y prenait garde, nous exposerait à faire souche d'inutiles. Si l'un des tiens, par impossible, manifestait la peur ou le dégoût du travail, tu lui dirais combien de fois à ton réveil tu m'as vu penché sur les feuilles de ce manuscrit; que de soirs tu m'as laissé seul, la plume en main, à l'heure de ton repos. Et si jamais la sotte vanité empoisonnait quelque béjaune de ta nichée, tu lui rappellerais que l'auteur de ce livre, ainsi que son héros, n'a pour ancêtres que des pauvres, des humbles et des petits.
 

 

 

 

FICHE   TECHNIQUE DU LIVRE





Titre :   Le roman d'un brave homme
Auteur :   Edmond ABOUT
Edition :   HACHETTE

BIBLIOTHEQUE VERTE

ILLUSTRATIONS DE A. PÉCOUD
noir & blanc in texte annotées.

JAMAIS JE NE MANGERAI D'AUSSI BONNES CERISES.   p 7
C'ÉTAIT MON PÈRE QUI DÉCOUPAIT LES VIANDES.   p 35
MAITRES ET ÉLÈVES ÉTAIENT VENUS PRENDRE CONGÉ DE M. DOR.   p. 61
« ALLEZ VOUS PROMENEZ, PETIT NIGAUD, AVEC VOS CHIFFRES. ».   p 85
NOS OUVRIERS ÉTAIENT BIEN NOURRIS ET CONTENT.   p 131
J'AI SOUVENT VALSÉ AVEC LES ÉLÈVES DE MADAME MOUSSE.   p. 147
LA RÉUNION, CHEZ LES BONAFIGUE, ÉTAIT CHOISIE.   p. 191
JE ME LEVAI ET M'APPROCHAI DE BARBE.   p. 217
NOUS AVONS EU UN BATAILLON DE MOBILES.   p. 265



Impr. Hachette. - I-1935.

Poids :   270 grammes     Nombre de pages : 288

Copyright Librairie Hachette, 1935.
Tous droits de traduction, de reproduction
et d'adaptation réservés pour tous pays.

Reliure :   Relié sur cartonnage éditeur en percaline verte.

TABLE DES MATIÈRES :  NON

Format :   110 x 160 x 23 mm   in-16
I.S.B.N :   NON     Code Barre = EAN :   NON

Livre épuisé chez l'éditeur

 

 

 

EXTRAIT   Le roman d'un brave homme, by Edmond ABOUT   page 31


Le roman d'un brave homme, by Edmond ABOUT -image-50-150


  Cela dit, l'heureux père endossa la redingote des dimanches et s'en alla distribuer ses invitations pour le lendemain soir. Elles furent acceptées de cœur, comme elles étaient faites; personne ne prit mal cette sommation à bref délai. Les universitaires, le percepteur, le greffier du tribunal et les autres messieurs virent aussi sans étonnement que tous les travailleurs de la maison conservaient leurs places à table. Ces jeunes gens étaient généralement simples, mais droits et incapables de s'oublier en bonne compagnie. Il y avait même parmi eux un homme vraiment distingué : c'était le contremaître, mon cher et excellent Basset. Sans ses mains quelque peu gâtées par le travail, ce beau, grand, gros gaillard de quarante ans aurait passé en tout pays pour un homme du meilleur monde. Il avait un peu de lecture, passablement d'esprit naturel et beaucoup d'aisance et de bonhomie. Mon père l'estimait, il amusait ma mère, et, quant à moi, depuis cinq ou six ans qu'il vivait avec nous, je le comptais dans la famille.
  Le festin fut non seulement copieux, mais exquis; on sentait que ma mère y avait mis la main. Elle le servit elle-même, courant sans cesse à la cuisine et constamment sur pied, malgré les instances de ses voisins. C'était mon père qui découpait les viandes et qui remplissait les assiettes, tandis que Basset taillait, comme à la tâche, de solides morceaux de pain. On mangea lentement, sans se presser, car le lendemain était jour de fête, et chacun des convives avait droit à une grasse matinée. Après la soupe et le bœuf, garni de légumes, apparut un gros brochet de la Loire, puis un jambon aux épinards et une dinde gonflée de marrons. La salade vint ensuite avec une montagne de pommes de terre frites et un énorme plat d'écrevisses. Mes maîtres, qui étaient hommes de bonne humeur et de bel appétit, faisaient honneur à la cuisine, tout en célébrant les mérites de leur élève et en lui promettant un avenir fabuleux. Ils prétendaient que jamais, à leur connaissance, un enfant de mon âge n'avait montré tant d'énergie et de persévérance; mais le vieux principal insistait pour qu'on ne me poussât plus :
  « Maintenant qu'il a regagné le temps perdu, il ne lui reste qu'à garder son rang, et il n'y aura pas grand-peine. »
  Mon père conservait quelques doutes; il n'était pas bien sûr que les premiers de notre petit collège seraient premiers partout. Et mon professeur répondait avec assurance : « S'il continue comme il a commencé, je vous garantis qu'à vingt ans il pourra choisir et son école et sa carrière. Vous en ferez à volonté un professeur, un médecin, un ingénieur, un avocat. »
  Un grand débat s'ouvrait alors sur les beautés et les avantages des diver ses professions libérales, hors desquelles mes chers parents ne voyaient pas de salut. Les universitaires prêchaient pour leur saint; ils disaient que l'enseignement mène à tout, à la députation, au conseil d'État, au ministère; ils citaient en exemple les noms de Villemain, de Cousin, de Guizot. Ma mère eût préféré que je fusse médecin, pour ne pas me séparer d'elle; mon père tenait bon pour l'École polytechnique, à mes yeux, n'était pas le chemin, mais le but. Je me voyais déjà en grande tenue, l'épée au côté, dans le salon de la sous-préfecture. Aussi fus-je scandalisé lorsque Basset me dit :
  « Ah çà, petit patron, tu fais donc fi de la charpente? C'est pourtant une profession libérale, à preuve qu'elle a enrichi ton papa.
  - Non, Basset, dit mon père; je ne suis pas riche. Je suis peut-être en bonne voie pour le devenir, mais il faudra du temps. Jusqu'ici, j'ai gagné ma vie, et c'est tout.
  - Suffit! reprit-il en riant. Nous n'avons pas compté ensemble. Mais vous ne m'ôterez pas de l'idée que les professions vraiment libérales sont celles à qui nous donnent le plus d'argent et qui nous laissent le plus de liberté. M. Morand, le maire, vendait du drap sur la place du Marché; il a quatre chevaux dans son écurie; M. Poulard, le banquier, a gagné un château et quatre fermes à escompter de méchants petits bouts de papier; M. Simonnot, de la fabrique, est devenu millionnaire en faisant des assiettes à trois francs la douzaine; M. Fondrin, l'éleveur de porcs, sous le respect que je vous dois, donne cent mille francs de dot à chacune de ses filles. Et ni M. Morand, ni M. Poulard, ni M. Simonnot, ni M. Fondrin n'ont jamais sollicité les ministres, ni fait leur cour aux électeurs censitaires, ni piétiné dans l'antichambre du préfet, ni tremblé à l'idée d'une disgrâce. Voilà des professions libérales, ou je ne m'y connais pas! »
  Le percepteur s'apprêtait à répondre et sans doute à développer les idées qui avaient cours sous le règne de Louis-Philippe; mon père faisait sauter le bouchon d'une bouteille de vin de Vouvray, et ma mère portait le premier coup de couteau à un magnifique baba, bourré de raisins secs et incrusté d'amandes, quand la porte s'ouvrit brusquement, et Catherine, notre servante, montra sa face colorée en disant :
  « Bien des pardons, la compagnie; mais le ciel est tout rouge sur la vieille ville, et il me semble qu'on entend le clairon. »
  En un clin d'œil, tout le monde fut sur pied et hors de la maison. Je vis une immense lueur au nord, j'entendis le rappel des pompiers, et, aussitôt après le tocsin.
  « C'est la fabrique, dit mon père. Deux cents personnes sans travail et sans pain, si tout flambait. Excusez-moi, Messieurs, je cours passer ma veste. Vous savez ce que c'est que le devoir. Et vous, les enfants, vite! En tenue de travail! »
  Il disparut et revint, pour ainsi dire, au même instant avec sa veste de toile, sa ceinture et son casque. Basset, les compagnons, les apprentis furent presque aussi prompts. Nos invités prenaient congé de ma mère en disant : « Nous allons faire la chaîne. » J'implorai la permission de les suivre et de me rendre utile aussi; est-ce qu'un garçon de douze ans n'a pas le droit de porter les seaux vides?
  « Viens, dit mon père, il n'est jamais trop tôt pour apprendre à bien faire. »
  Ma mère n'essaya pas de le retenir; elle lui dit simplement :
  « Pas d'imprudence! Songe que nous n'avons que toi.
  - N'aie pas peur; ça me connaît.
  - Ce n'est pas le feu que je crains, c'est l'air et l'eau : une fluxion de poitrine est bientôt prise. Emporte au moins un vêtement pour te couvrir après.
  - Si ça te fait plaisir, donne mon vieux manteau au petit. Mais dépêchons; la fabrique brûle! »
  Et de courir.
  Je le suivis de loin avec mes maîtres et nos amis.


REPRODUCTION INTERDITE


 

 

 

 

ANNEXE


Le roman d'un brave homme, by Edmond ABOUT
Editeur :   Hachette (1935)
A.S.I.N :   B003B18124

 

 

 

LIENS



Wikipédia
Edmond ABOUT

 

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