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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 08:34

Les Roquevillard, by Henry BORDEAUX



 

Présentation de l'Editeur





Néant




 

Introduction par Mme Firmin Roz.   synthèse


Les Roquevillard sont un roman à thèse, un plaidoyer en faveur de la tradition; ils sont le roman de la solidarité familiale. C'est l'égoïsme d'une passion aveugle qui fait oublier au fils les affections les plus chères et les devoirs les plus sacrés; c'est la passion qui l'entraîne au bord de l'abîme et le traîne, quoique juridiquement innocent, devant le tribunal criminel. C'est au contraire l'amour paternel et l'instinct familial qui inspire au père les sacrifices les plus héroïques et lui permet de sauver le patrimoine d'honneur de plusieurs générations de Roquevillard. Les Roquevillard, dans l'estimation de très bons juges comme Melchior de Vogüé, sont le chef-d'œuvre de M. Henry Bordeaux. Il est certain qu'on y trouve toutes les qualités qui ont assuré le triomphe de La Peur de vivre et Les Yeux qui s'ouvrent : l'art de nouer et de dénouer un récit, le sens de la composition, du dialogue, l'observation minutieuse de la vie et surtout la haute inspiration morale. Ce sont tous ces dons qu'on admire dans Les Roquevillard qui ont fait du jeune romancier savoyard l'émule de M. René Bazin.



 

Extrait   Introduction page 4


  LES étrangers, qui, après nous avoir jugés sur nos romans, viennent un jour nous voir chez nous, ne cachent point leur surprise. Famimiarisés avec des portraits répandus à profusion de par le monde, ils avouent le plus souvent ne pas reconnaître le modèle. Un Anglais comme Mr. Harrison Barker (France of The French), un Américain comme Mr. le Professeur Barrett Wendell, de Harvard (France of To-day), nous réhabilitent auprès de leurs compatriotes et prennent notre parti contre nous-mêmes, c'est à dire, en l'espèce, contre ceux de nos romanciers dont les peintures ont donné de notre vie, de notre caractère et de nos mœurs une si pauvre idée et une si peu flatteuse image. Si ces romanciers sont peut-être les plus lus, hors de France comme en France même, ce succès atteste leur agrément et leur valeur littéraire; mais il faut bien reconnaître que dans son ensemble le roman français ne représente pas la vie française.
  Une des raisons, sans doute, qui expliquent ce fait assez déconcertant, c'est que, en se détournant de la famille avec dédain parce qu'elle n'est pas " romanesque," au sens où l'on prend d'ordinaire le mot, les romanciers se sont détournés de la réalité. Ils ont négligé, pour chercher ailleurs une " matière d'art," la plus digne de l'artiste et la plus propre à manifester l'intensité, la beauté de la vie. Heureux ou malheureux, tous les peuples ont une histoire. Toutes les familles ont un roman, ne serait-ce que celui des efforts et des rêves, des succès et des revers, des séparations, de la douleur et de la mort.
  M. Henry Bordeaux est un des trop rares romanciers français se soient attachés à l'écrire et qui nous en aient donné de significatifs autant qu'émouvants chapitres.
  Né en Savoie, petit-fils de magistrats savoisiens, fils d'un avocat au barreau de Chambéry, il a vérifié sur lui-même, selon sa propre expression, " l'aptitude des lieux à former les âmes. " A dix-sept ans il vint étudier le droit à Paris où il passa trois années, puis revint au pays natal, exerça lui-même la profession d'avocat, tout en s'adonnant aux travaux littéraires, et, après la publication de son premier livre (18984), revint à Paris. Dès la fin de 1896 il était rappelé en Savoie par la mort de son père dont il prenait la place au foyer et au Palais. Un nouveau séjour de quatre années lui fit prendre plus étroitement contact avec la vie et avec les hommes. Il pratiquait le conseil que lui avait donné Alphonse Daudet : " On apprend à lire avec desimages et l'on n'apprend la vie qu'avec des faits. Tâchez de voir, d'observer. Etudiez l'importance des intérêts dans la vie humaine. La science de l'humanité, c'est la vraie science. " (Les Ecrivains et les Mœurs, 1897-1900, pp. 70, 71. )
  En même temps que le jeune critique exerçait son esprit à travers ses lectures, le jeune romancier préparait son talent à travers ses observations. Paris lui a montré certains dangers et la province certains remèdes. Il a vu se faire et se défaire la solidité normale des foyers; il a analysé les causes de la désorganisation et perçu à l' œuvre les forces organisatrices et constructives. Il est remonté à l'origine du mal, qui est ici dans les mœurs et là dans les lois. Il a vu la contradiction entre l'indidualisme égalitaire de la Révolution et la nature des choses qui implique partout inégalité, organisation, hiérarchie; il a reconnu dans la famille l'organe même de la tradition; et seule la tradition soutient l'individu, lui permet de donner toute sa mesure, d'accomplir toute sa tâche. "Relié par la race au passé et à l'avenir, il a le temps pour allié. Alors il entreprend, et, même au soir de sa vie, prépare les ombrages destinés à ses arrière-neveux. Il sait qu'il ne miurra pas tout entier, et que le souvenir de ses actes demeurera dans sa maison, comme les traits de son visage réapparaîtront sur de jeunes figures" * (Le Pays natal, Préface.) Au centre du groupe d'œuvres qu'il a consacrées aux bienfaisantes réalités et aux exigences vitales de la tradition et du foyer, entre Le Pays natal, et La Peur de vivre, qui précédèrent, Les Yeux qui s'ouvrent et (La Croisée des Chemins, qui ont suivi, il faut placer l'œuvre que nous présentons ici aux lecteurs : Les Roquevillard,
  Le héros véritable du roman des Roquevillard, en effet, c'est la famille. La famille est très forte en France, et sa cohèsion joue un rôle d'autant plus actif dans la vie nationale que tous les autres principes d'ordre et de discipline y sont eux-mêmes plus affaiblis. L'esprit public n'a pas chez nous la vigueur ni la décision qu'on lui voit en Angleterre ou en Amérique; l'esprit de corps aa perdu tout ce qu'a gagné l'individualisme anarchique issu des principes de 89; la religion elle-même, dédaignée, combattue et repoussée par l'Etat “ laïque, ” ne peut plus exercer d'influence sociale que dans l'ordre des vertus privées. La famille se tient, organe essentiel et presque unique de continuité, de durée. C'est pourquoi, peut-être, l'individu s'y sent lié plus qu'ailleurs par toutes ses fibres. Le père travaille pour ses enfants avec une tenacité, un courage, un dévouement que rien n'arrête. Les enfants restent attachés au foyer par un lien que ni l'éducation domestique, ni les mœurs, ni les usages ne les prédisposent à rompre. L'esprit de famille, ainsi fortifié et exalté, devient le soutien de la vie privée et de la vie publique, le grand éducateur des énergies viriles, la tradition vivante et efficace. C'est sous cet aspect et dans cette fonction que M. Henry Bordeaux s'est appliqué à nous le représenter. Il nous le montre comme un principe de force, non de faiblesse, qui, loin de rétrécir et de réduire l'activité, l'élargit au contraire, lui donne, avec plus d'ampleur , plus de portée. Non seulement le sens de la famille, tel que l'entend l'auteur de La Peur de vivre et des Roquevillard, ne fait pas peser sur les enfants l'ombrageuse tyrannie des parents, mais les uns et les autres, au contraire, trouvent dans la profondeur même de leur union le courage des séparations qui ne peuvent plus y porter atteinte. Hubert Roquevillard, officier d'infanterie de marine, va guerroyer aux colonies; Félicie Roquevillard, comme petite Sœur des pauvres, a traversé les mers pour s'en aller à l'hôpital d'Hanoi. M. Roquevillard enfin, le père, le chef, acceptera la ruine s'il le faut, sacrifiera le domaine patrimonial pour sauver l'honneur et léguer intactes à l'avenir les forces morales du passé. " Les traditions ne se gardent pas dans une armoire... Elles ne se gardent même pas dans une vieille maison ou un vieux domaine, ............. Elles se mêlent à notre vie, à nos sentiments, pour leur donner un appui, une valeur féconde, une durée. " Les Roquevillard, (pp. 25,26.)
  Chez des êtres grandis par le sentiment de leur dépendance à l'égard du passé et de leur responsabilité à l'égard de l'avenir, tous les autres sentiments sont transfigurés. L'amour devient plus pur et plus grave, parce qu'il apparaît dans sa vérité, dans sa noblesse, comme l'indissoluble union des cœurs et des volontés pour l'œuvre sacrée du foyer. Nous comprenons pourquoi il ne peut pas s'isoler, se détacher du reste de la vie, pourquoi, livré un instant à lui-même chez le jeune Maurice Roquevillard, il devient aussitôt une force désordonnée et destructive. Nous voyons en même temps l'instinct de conservation, dès qu'il n'est plus perverti par l'égoïsme, s'identifier avec le sens du bien public et des intérêts communs.
  Que pèse alors la raison, l'infaillible raison - c'est à dire, en fin de compte, la faculté de généraliser une expérience souvent mal digérée et toujours effroyablement incomplète, - auprès de ces réalités concrètes où plonge notre vie : la famille, la patrie, la société? Et de quel droit ferions-nous de nos idées la mesures des choses, quand les choses débordent de toutes parts nos idées et nous imposent le sentiment de notre petitesse, de notre dépendance? C'est à sa raison - " une raison de vingt-quatre ans " - que Maurice Roquevillard doit la belle découverte du droit de chacun au bonheur; et c'est cette superbe raison qui lui représente aussi " la beauté de vivre librement pour son propre compte au lieu de prendre rang, comme le dernier de la classe, dans la chaîne ininterrompue des Roquevillard. " Le roman nous fait voir les conséquences de pareils principes.
  Pas plus que contre la vie l'orgueilleuse raison n'est fondée à se dresser contre la foi. Le sentiment religieux retrouve dans le roman de M. Henry Bordeaux la place qui lui revient dans des destinées vraiment humaines, qui ont conscience de ne point se suffire à elles-mêmes et, respectueuses du passé d'où elles sortent, de l'avenir qu'elles préparent, ennoblissent leurs efforts par leurs aspirations et s'en remettent, pour l'issue finale, au Maître du temps et de l'univers.
  Les Roquevillard, comme d'ailleurs les autres œuvres principales du même auteur, le classent parmi ceux qui, acceptant la vie telle qu'elle est, la regardent avec des yeux assez clairvoyants pour découvrir ses grandes lois et en tirer les lois de l'action. Il sait d'où viennent nos faiblesse et comment nous pouvons être meilleurs. Il nous le montre par la destinée de ses héros, leurs souffrances et leurs joies, leurs défaites et leurs victoires. Il cherche à nous découvrir ce qui fait la grandeur et la force de l'individu, ce qui assure la santé, la durée du corps social. Assez d'autres décrivent complaisamment les maladies et les tares. Nous feront-ils croire qu'elles sont l'état normal de l'homme et qu'il est réduit à choisir entre la honte d'en faire étalage ou la misère de s'y résigner? Emerson a écrit : " Le monde ne subsiste que par l'excellent. " Au lieu de les traiter dédaigneusement d'idéalistes, écoutons plutôt ceux qui cherchent en quoi consiste cette excellence et nous font voir en elle la condition même de la vie, du progrès, c'est-à-dire tout ce qu'il y a de plus réel, le cœur même de la réalité.

FIRMIN ROZ

 

 

 

FICHE TECHNIQUE DU LIVRE


Titre :   Les Roquevillard
Auteur :   Henry   BORDEAUX  
Edition :  Paris
Nelson, Éditeurs
61, rue   des Saints - Pères
Londres, Édimbourg et New-York

Introduction par Firmin Roz

COLLECTION NELSON
Publiée sous la directionde
CHARLES SAROLEA,
Docteur ès lettres : Directeur de la Section
française à l'Université d'Édimbourg

 


Reliure :   Relié sur cartonnage pleine toile

 

Nombre de pages : 279       TABLE  DES  MATIÈRES : NON

Poids :   235 grammes     Format :   110 x 160 x 18 mm
I. S. B. N :   NON            Code Barre = EAN :   NON

 

EXTRAIT   Les Roquevillard   page 34


Les Roquevillard, by Henry BORDEAUX -image-60-150



        PARIS EN 1793

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  Le règne de la Terreur avait commencé. Aristocrates et prêtres étaient poursuivis, arrêtés pêle-mêle avec les hommes politiques les moins suspects de modérantisme. Les Girondins étaient proscrits, traqués. Bientôt les Montagnards menacés eux-même s'entre-dévreraient jusqu'au jour où la France allait se trouver transformée en une vaste prison, pourvoyeuse journalière de la guillotine.
  Cependant, Delatour ne semblait être l'objet d'aucune défiance. Quand, en messidor, le meurtre de Marat avait été l'occasion d'une recrudescence de poursuites et d'arrestations, Delatour, qui pourtant avait témoigné au procés de Charlotte Corday en faveur de l'acusée, n'avait pas été inquiété. A une époque où personne n'était jamais sûr d'avoir encore le lendemain sa tête sur ses épaules, cet homme paraissait invulnéable et gardait la liberté de ses paroles et de ses actes.
 



 

ANNEXE



Les Roquevillard, by Henry BORDEAUX
Editeur :   Nelson Éditeurs (1 janvier 1951)
Collection :   Nelson
A.S.I.N :   B003MX198O

COLLECTION NELSON



Publiée sous la direction de
CHARLES SAROLEA,
Docteur ès lettres : Directeur de la Section
française à l'Université d'Édimbourg


 

LIENS



Wikipédia 
Henry BORDEAUX

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